Du destin et du métro romain
Je n'ai parlé de rien lorsque c'est arrivé. Mais j'y ai pensé. La ligne A du métro romain où a lieu l'accident l'autre matin, est celle que je prends à chaque fois que je suis à Rome. Le ragazzo vit au terminus, à Battistini. J'étais sûre qu'il n'était pas dans le train lorsqu'est survenu l'accident mardi matin. Il ne travaillait que l'après midi. Mais je l'ai appelé quand même. Il dormait encore.
La collision a eu lieu à 9h37 mardi. Moi, j'étais dans ce même train à 9h37... lundi. Pour me rendre à l'aéroport Ciampino et rentrer à Paris. J'ai pensé aussi que le ragazzo nous fait toujours nous installer à l'arrière du train. Une superstition personnelle. Selon lui, on sortirait plus vite en cas d'attentat... l'été dernier lors des attentats de Londres, Rome était particulièrement sous pression et il y avait même eu une alerte à la bombe, une panique sans suite fort heureusement.
Je ne sais pas ce qu'il faut penser dans ces cas-là. Peut-être que la vie tient à peu de chose. Comme le destin.
Alessandra Lisi est la jeune femme de 30 ans qui a perdu la vie ce matin-là. Et puis ces 235 blessés dont certains très gravement. Sur le site de la Repubblica, une video amateur de 58 secondes, prise juste après l'accident par un touriste. J'y vois la panique, la fumée, j'entends les cris des gens. J'y vois cette rame blanche et orange. La station. Le quai. Je les reconnais. Je les connais si bien. Premier accident dans ce métro depuis sa création dans les années 50. Il y a toujours la possibilité que cela survienne mais personne ne préfère y penser. Il faut bien vivre.
Je retourne à Rome dans 10 jours. Et je prendrai à nouveau cette ligne A qui traverse la ville de la Dolce Vita.
Et j'y penserai. Oui, j'y penserai un peu quand même.
